Et c'est tout... Le Trait et le Dire

04 mai 2011

Parce que faut bien:

Donc voilà, ce blog est sans doute au point mort.

Parce que je viens d'ouvrir celui-là et que, je em connais, un à la fois c'est déjà beaucoup pour moi. Donc je pense lâcher celui-ci.

Désolé pour ceux qui n'aiment pas manger(ça existe?) ou cuisiner(là oui, ça existe), mais c'est effectivement un blog ...de cuisine, essentiellement. Mais jeme dis que certaines recettes serviront à certaines de ems connaissances qui (cocher la/les bonnes réponses):

-emménagent bientôt seuls

-ont déjà emménagés seuls

-savent jamais quoi manger (ou quoi manger de simple, ou rapide ou pas cher, voir tout à la fois)

-croient ne pas savoir cuisiner

-veulent impressionner quelqu'un a peu de frais

-veulent se faire plaisir...

 

Donc au plaisir de vous y voir! (et vous pouvez me faire de la pub...enfin quand il y aura plus d'articles!)

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26 avril 2011

...

Non, je sais pas ce qui me prend.

Si, en fait je sais. On est mardi, il est presuqe 20H et je sors de 8H de partiels. 4 différents, évidemment, sinon c'est pas drôle.

Les quatré révisés durant ce week-end (une seule chose à dire: merci Pâques). Le premier qui me dit que j'aurais pu m'y prendre plus tôt je l'éclate. J'ai passé le week-end précédent à boucler un dossier dont elle vient de repousser la date de rendu.

Bref, WE démoli et démolissant, lever à 8 H pour un partiel de théories socio que je sentais trop bien... et donc que j'ai foiré. Je priais pour un sujet sur Tocqueville (j'adore cet auteur soit dit en passant mais Elias m'aurait botté aussi. Faut que tu lsies Elias Jasiek.). Je l'ai eu et j'ai eu un trouµ. Genre cosmique. Donc me suis rabattu sur l'autre sujet, que je n'aimais pas.

Heureusement les pariels se sont arrangés et je els ai réussis exactement en proportion inverse de ce à quoi je m'attendais. Et puis le cours de socio du genre était cowl.

 

Mon dernier partiel, en fait, était un exposé. On a relativement géré sur les variations du petit chaperon rouge:

Ici la version ingénieur (ma préférée)

Là la version URSS

et puis on avait ausis la Monthy Python, la Wow et la dernière m***e de la réalisatrice de Twilight.

mais je tire mon chapô au groupe qui a réussi, en une semaine avec révisions, a monter un petrit film pour l'exposé (dénonçant les stéréotypes de la figure du vieux dans la pub. Il est juste énorme. Ils l'avaient mis sur Youtube mais se sont fait censuré en France et en Allemagne. Sérieux. Alors je vous la mets quand je l'ai récupéré.

Sinon j'ai appris que demain en anglais, alors que j'avais prévu d'y aller els mains dans les poches, il nous interrogerait sur le vocabulaire. Donc en rentrant j'ai du, pour la première fois depuis loooongtemps apprendre des listes de vocabulaire. Positivons, ça va plus vite que dans mes souvenir.

Et puis en ce moment je m'écoute Brassens (CD trouvé à 3,80€ qui a comblé ce manque chez moi) et T.Rex sur l'ordi, avec une adoration particulière pour Mambo Sun et Cosmic Dancer. Et puis je sors juste d'une période Alphaville.

 

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21 avril 2011

...

Tout pile un mois... par hasard, j'avoue. Je suis un peu occupée à plein temps ces jours-ci: je n'ose même vous donner des détails.

Heureusement, il y a une écriture à quatre ains qui reprend et un petit texte à moi aussi: là je suis obligée d'écrire ,dans un ca sparce que je ne suis aps seule, dans l'autre parce que j'ai une belle date-butoir. Sinon je n'écrirais sans doute pas.

 

Pourtant j'ai tellement de vies/envies dans la tête...

L et Mathisse dans leur nef silencieuse, qui se sentent plus seul au coeur d'une ville qu'au sein de l'espace où ils sont toujours deux. L qui a peur de la nuit où il se déconstruit inéluctablement et Mathisse qui craint les hommes qui peuvent tout réclamer et tout lui prendre.

Une jeune argentine qui gagne sa vie en faisant le service du petit matin dans un bar de mahattan,  lorsque l'on rencontre ceux qui viennet juste boire, ceux qui ne peuvent aps dormir, ouu encore ceux qui ne supporteront plus d'être seuls une minute de plus. Certains soirs elle gagne un peu plus en allant danser le tango dans différents clubs, devant des hommes qui regarde plus ses formes que sa danse: mais quand elle croise un regard qui voit plutôt le mouvement, elle est heureuse. Et sinon elle aime fumer clope sur clope en buvant un café en terrasse, pour regarder les gens passer, et aussi aller dans une université au hasard pour assister aux cours du dernier rang.

Et aussi cette personne qui est née avec un corps de femme mais que sa tribu a faite homme parce que son "elle" d'avant ne pouvait pas avoir d'enfants. Qui est attirée par la brousse mais se refuse à y pénétrer car sait que c'est de la brousse que viennnet toutes les choses méchantes et que c'est le domaine des femmes, qui défont.

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21 mars 2011

...

Le tripier de mon marché qui sourit en me voyant (rien d'étonnant, c'est un commerçant), me demande comment je vais et me dit que ça faisait longtemps... Et qu'est ce que je prend aujourd'hui? Je crois que cet homme aime son travail et apprécie de voir la jeunette que je suis consommer de ces produits un peu repoussants pour certains. IL faut dire que, je regarde systématiquement, les seules jeunes que je vois faire le marché sont avec leurs parents...

D'ailleurs cet étal me conduit régulièrement les soirs de week-end à me dire que je suis un cas. Je mange des trucs bizarres pour une jeune de 19 ans. Certes je mange de la soupe et des nouilles deshydratées.  (Quoique moins de ces dernières parce que je préfère les soba et udon aux ramen !) Mais par contre pour ce qui est des rognons ( que d'ailleurs ça se marie surprenement bien avec le soja et le gingembre) et des quenelles de moelle, j'ai un doute sur le fait que ce soit courant.

Mais il faut dire que le bouillon de quenelles de moelle, en plus de ses caractéristiques hautement recommendables de "ça calle, c'est vachement bon, c'est hyper pas cher (vous avez vu le prix de la moelle? à mourir de rire) et c'est vite fait (ok, à partir du moment où vous en avez djà fait et congelé)" il se trouve que ce plat est pour moi très réconfortant. Alors même qu'elle en a rarement fait cela me fait penser à ma grand-mère. Etant les deux seules amatrices d'abats de la famille (mon père apprécie la moelle et lui comme ma mère les foies de volaille mais c'est bien tout), lorsque nous sommes seules nous nous faisons régulièrement de ces délices... Et récemment elle m'a fait découvrir les quenelles de moelle (avec juste un bon bouillon et des croûtons...).

D'ailleurs, le pot-au-feu, vous le mangez comment vous? Chez moi j'avais cela en horreur car, habitude du sud, on mangeait els légumes avce. M'étant récemment seulement faite aux poireaux et carottes et ayant la répugnance la plus marquée qui soit pour le céleri, imaginez mon plaisir... Mais chez mes grands-parents, alsaciens, on ne mange que la viande et le bouillon (où l'on met les dites quenelles).Quoi qu'il en soit, le pot-au feu c'ets bon pour ce qqu'on fait des restes! (Quenelles, boulettes de viande...)

Il y a aussi sur le même marché le petit jeune du stand de légumes qui m'appelle "madame", alors que notre âge doit être le même! Il appelle ainsi toutes ses clientes et ne marque pas la différence. Cela ne me choque pas (je n'ai aps l'âge d'être agacée qu'on me donne plus d'années que je n'en ai au compteur et au contraire je suis agacée qu'on donne généralement un chiffre à la baisse!) et en réalité c'est plus une blague entre nous. Ce n'est pas moqueur mais on sent dans ses gestes et son sourire qu'il semble dire "je dit "madame" par respect et tu sembles de le comprendre!"

 

Il y avait aussi la ferrari jaune. Pas sur le marché: en centre-ville cette chose était arrêtée à un feu et tout le monde y jetait un oeil. C'est alors que mon voisin lance à son enfant de 5 ans "je sais aps pourquoi tout le monde la regarde: elle est moche". Il est vrai qu'elle était moche et je lui donne mon assentiment. Hormis le modèle et la marque (ce modèle était particulièrement moche et la marqque en elle-même produit peu de choses plaisantes) nous convenons que le jaune n'est aps une couleur pour une ferrari: elle se doit d'être rouge ou, mieux, noire. Une ferrarri noire? Oui. CEla fait "je choisis ferrarri parce que ça me plait et je suis assez riche pour ne aps avoir à choisir le rouge pour attirer le regard". Ca c'est classe. Mais nous convenons qu'une vieille Aston Martin serait autrement plus classe encore!

 

Bref. Je vous laisse après ces élucubrations pour retourner à ma lecture de mléthodologies d'entretiens. Beuh.

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14 mars 2011

...

Il y a parfois des images qui vous surviennent, non pas issues de votre imagination, d'un rêve ou résidu du réel mais comme si elles s'étaient gravés sur vos rétines...

 

Persistance_r_tinienne

 

 

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20 février 2011

des bébés échangés à la naissance, un étang mystérieux dans une forêt mystérieuse et un hibou...

Qu'est ce que Camillou ne va pas chercher...
J'ai eu du mal, en fait, à l'écrire celui-là, parce que j'ai eu du mal à me détacher de tous ceux que j'ai lu...
En effet avec le cours "Etude du genre", "Le masculin et le féminin dans les contes"... je peux dire que j'en ai lu. je suis d'ailleurs très déçue par la Compagnie des Loups, toujours aussi horrifiée par Riquet à la Houppe et amoureuse d'Andersen!

Bref.
Sinon, oui, je bosse. Et, Ifni, pas qu'un peu! Je programme les devoirs avec une précisions chronométrique pour pouvoir tout faire. C'est surtout maintenant que tout tombe et je serais (je l'espère) plus tranquille dans un mois... Mais en attendant, adieu tranquillité, bonjour prise de note.


Il est arrivé une fois qu'un loup devint un homme pour les loups. Et c'est de cette fois que naquirent  les justices des hommes et des bêtes.

Il y a bien longtemps les bêtes ne savaient ni quel était leur rôle ni quelle était leur place: il arrivait alors que le renard broute un champ tandis qu'un troupeau de pas-si-paisibles ruminants se partageait quelque carcasse  de loup qu'ils avaient acculé et écrasé. Même lorsque chacun eut ses habitudes, us et coutumes telles qu'elles sont aujourd'hui, il arrivait que le mouton, par on ne sait quelle volonté de révolte, refusa d'aller au pâturage et préféra quelques morceaux de viande.

Mais plus que cela (le mouton, prit d'indigestion revient souvent à l'herbe après un tel  régime), ce qui nécessita une décision ce fut les actes, absurdes et inouïs, un homme dirait criminel mais les bêtes ne connaissent pas ce mot, qui se produisaient alors ponctuellement. Un clan de carnivores faisaient un carnage et tuait tous les petits d'un troupeau, un mâle éliminait tous ses rivaux et restait seul à procréer...entre autres exemples de ce qui mettait en danger l'avenir de certains et donc de tous.

Il fut alors décidé une mesure d'exception: durant un grand rassemblement qui dura plus de trente jours on décida de créer un juge impartial, un être qui ayant pris mesure de l'existence toute entière, sous toutes ses facettes et disposant d'un grand recul sur les affaires qu'il avait à trancher permettrait de savoir ce qui était bon et ce qui ne l'était pas. A cette fin on choisit de confier un orphelin animal aux humains et d'élever un des leurs dans ce rôle de juge.

L'âge venu, on récupérerait l'enfant-loup et rendrait l'homme à sa famille. Les animaux ayant pleine conscience à leur naissance on savait que le loup chercherait à affuter son rôle et son jugement sans que personne ne le guida et en échange on formerait un juge pour les humains (qui en avaient bien besoin.

Au bout de vingt ans lorsque l'on procéda à nouveau à l'échange on révéla aux hommes la stratégie mise en place et chacun s'en trouva bien aise durant un long moment.

Chez les hommes le juge savait dire à qui revenait le terrain (mais demandait où était la signature de la terre et du soleil sur l'acte de propriété), comment réparer un adultère causée par  l'épouse (mais cherchant toujours s'il n'y avait eu faute du mari) et pourquoi telle femme qui avait tué celui qui l'agressait devait être épargnée.

Chez les animaux le juge savait dire quelle proie il était bon de choisir, quels points d'eau devait être partagés et les moments où fallait laisser les troupeaux se reproduire paisiblement.

Toutefois il est vrai que le rôle d'un juge n'est que de proposer ou de punir: entre les deux il n'a aucune prise sur les évènements. Or donc il ne peut empêcher certains agissement de se produire et malgré ses ordonnances on voyait chez les animaux de tristes disparitions de chevreaux, agneaux, oisillons et autres tendres chairs.

Il fut décider de dépêcher un message au juge des hommes afin que les deux juges, ensemble, trouvassent sinon une solution du moins une explication à ces agissements.

Durant des jours entiers l'homme chercha dans les bois de son enfance comment un animal pouvait ainsi décimer sans raison et créer du tort à tous. La nuit du 11ème jour, las de poser des questions qui restaient sans réponse, il alla se reposer chez le hibou qui l'avait accueilli à son arrivée. Il avait déjà alors perdu la tête mais les autres animaux pensaient qu'exposer l'enfant à un discours incohérent lui ouvrirait l'esprit. Alors qu'il lui contait machinalement ses recherches, l'oiseau de nuit dardait ses yeux jaunes sur lui, grands ouverts, qui semblaient perpétuellement voir quelque esprit ou quelque atrocité.

« Sous l'eau stagnante ils reposent... L'animal passé par l'homme redevenant animal....L'homme reste comme une tique sous le pelage... ». Et ainsi alignant des propos incohérents.

Mais les propos incohérents ont souvent une explication et pour cette fois l'explication était un étang. Un étang qui, d'eau stagnante, était pourtant beau: noir comme l'encre même sous le vif soleil de midi qui éclairait la clairière, il ne révélait rien de ses profondeurs. Du moins jusqu'à ce que des hérons et des martins-pêcheurs vinrent confirmer que là, sous l'eau, des dizaine de petits cadavres à peine grignotés reposaient. Il semblait que longtemps on avait joué avec eux avant de les achever et devant un tel comportement chacun restait interdit.

Et le juge des hommes de se tourner vers son confrère animal:

« Voilà ce que m'a dit le vieux hibou: que l'humanité reste toujours accrochée, comme une tique, à celui qui a été élevé chez les humains.

Les bêtes ont les crocs, les griffes et le goût du sang mais assez de raison pour ne pas en abuser. Les hommes ont le goût du plaisir et assez de passion pour outrepasser la raison. Alors voilà donc ce que devient un animal élevé chez les hommes: le goût du sang libéré, l'égoïsme primant sur la meute. »

Et chacun de se jeter alors sur le juge-animal et de dévorer jusqu'aux os la bête corrompue.

Depuis les hommes n'ont pas de juge et se disputent stupidement sur les choses qu'un peu de raison suffirait à trancher. C'est aussi depuis lors que les bêtes ont décidés de se mettre à distance des humains, à désapprendre leur langue, à fuir leur compagnie, allant jusqu'à choisir de vivre moins longtemps qu'eux pour que jamais une telle expérience ne put recommencer.

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13 février 2011

Le poète et la rose...

De justesse!
Voilà pour Marie-France que je remercie pour m'avoir fait découvrir la chanson dans le même mouvement!
Pour la demoiselle, voici le blog où vous pouvez admirer ce qu'elle fait: Araignetoile

Elle voulait un conte...avec une chanson. Le poète et la rose des Enfants terribles.

Si vous voulez l'écouter.

Et voilà les paroles à partir desquelles j'ai écrit (Jasiek, si ça te dit, tu écris une version aussi?):

Étrangement calme et serein
Un poète se tient assis
A sa table toute une nuit
Griffant de lugubres quatrains

On murmure qu'il se repaît
L'esprit des pétales fanés
D'une rose rouge qui pend
Son pied dans un verre de sang

Étrangement calme et serein
Un poète me déshabille
Crie-t-une rose dans la ville
En se cachant
En se cachant les doigts le sein

Un poète étrange manière
D'un petit canif argentin
Dans les os du dos de sa main
Cherche une rime avec il rêve

On chuchote mais ce sont des bruits
Qu'il a jadis perdu l'esprit
D'avoir trempé sa plume à tous
Ses encriers pleins de vin doux

Dou doucement d'étranges manies
Un poète au cœur argentin
Crie la rose au creux de sa main
Un poète un poète me déshabille

Dans un verre de vin rouge sang
Chante une rose nue qui danse
Un poète étrange se penche
Et tombe sur son couteau blanc

Il est rouge rouge de sang
Le cœur du poète imprudent...


Je suis la dernière de ses filles et il le sait. Je le sens à la manière dont la plume crisse doucement, à sa concentration pour chaque mot, pour chaque son. Le temps est proche où il ne saura plus comment tenir la plume, le temps est proche où il ne saura plus à quoi sert l'encre. Le temps approche où la poésie se refusera à lui.

Doucement il approche deux doigts de moi. Je le supplie intérieurement: « Arrête, arrête... Attends, attends... Fais durer, garde-moi... » Je ne sais plus si je veux rester en vie ou rester avec lui.

Mais ses doigts, qui ont hésité, reprennent leur progression. Voilà, il a encore dévoré une part de moi, une part de ce sang que je suis la dernière à convoyer.

Je me souviens encore du jour où je me suis éveillée à la vie: je me souviens de la chaleur du soleil, franche et claire, belle et bonne, sur chacune de mes pétales. Et je me souviens de la chaleur du sang, crue et dure, ténébreuse et enchanteresse, dans mes racines, dans ma tige et concentrée dans chacune de mes pétales.

Elle était là, sa muse, et je m'en repaissais tout en me repaissant de ces derniers souvenirs. De nombreuses roses, avant moi, se sont nourries de même de la chaire et du sang de celle qui gisait en-dessous de nous. C'est cela qui nous a fait les plus belles de la terre. C'est cela qui nous a nourri et fait grandir en esprit à l'égal des plus grands hommes.

Il sait, ce poète malheureux, que j'ai en moi les dernières gouttes du sang de cette belle qui ne vivait que pour la poésie. Elle n'a jamais rien écrit mais chacun de ses souffles était une rime, chacun de ses pas un vers et tout un sonnet dans chaque éclat de rire. Je porte en moi la poésie puisée aux dernières gouttes de la vie et il s'en abreuve, pétale par pétale, pour la dernière fois.

Dix ans qu'il aspire ainsi tout ce qui reste de ce qui fut sa muse, dix ans qu'il mêle leurs deux sangs pour écrire, pour retrouver dans leurs poésies mêlées leurs corps emmêlés. Mais depuis dix ans il ne fait que nourrir son esprit, à lui, en s'abreuvant du sien, à elle. Et jamais il n'a su écrire comme elle.

Je le sais car il y a en moi toute cette poésie féminine et j'entends bien lorsqu'il déclame dans sa chambre qu'il ne sait qu'assujettir les autres pour glorifier son propre talent.

C'est pour cela qu'elle a voulu le fuir: elle voulait écrire sa poésie et non plus nourrir celle d'un autre.

Durant dix ans elle a écrit sa poésie, rose après rose, et non vers après vers. Il n'a jamais su attendre pour voir ce que dessinerait le rosier: trop pressé, trop empressé il nous a cueillies les unes après les autres pour tenter de faire dans son corps l'union qu'elle voulait dessiner sous ses yeux. La poésie qu'il cherche est contenue dans mon futur: dans la position de chacune des branches du rosier qui allait naître de moi, dans la date d'éclosion de chaque bourgeon.

Il a cueilli ma dernière pétale. Je le vois, je le sens presque, mâcher et déglutir, recueillir le dernier sang. A côté de lui est la lame qu'il a préparé ce matin. Hier il a creusé une tombe auprès d'elle.

Il rit soudainement et le premier sang qui gicle de sa plaie il le verse dans l'encrier où il m'a placé.

Demain j'aurais écrit la poésie qu'il cherchait. Il ne me verra pas.


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01 février 2011

Celui de Camille...

... deux princesses amoureuses, un château fort et un dragon.
J'avais le choix avec deux princes amoureux, ce qui me bottait plus  et j'étais parti sur l'idée d'un prince que l'on élève ( par désespoir après 17 autres garçons) pour être un Beau au Bois Dormant (Facile: on lui apprend à se priver de sommeil plusieurs jours puis à dormir plusieurs jours en augmentant toujours les durées).
Problème: arrivée là je n'arrivais pas à trouver comment le faire sauver par un autre prince et qu'ils tombent amoureux. Moi et l'amour, on est pas compatibles décidément.

Donc voilà... Et comme je n'ai plus qu'une proposition en stock (celle de Jasiek a propos de mon dernier post) j'attends désespérément les vôtres!


On m'a longtemps dit que toutes choses étaient fonction de l'économie: d'un marché à conquérir, d'une place à prendre, d'offres et de demandes. Je dois pourtant avouer que je n'y croyais pas vraiment jusqu'à ce que je me rende à l'évidence: partout, même au pays des contes de fées on retrouve ces éléments.

Là-bas chaque royaume doit se trouver une spécialité quitte à en créer une d'un nouveau genre. On a ainsi vu, récemment, une famille assez démunie: il n'y avait aucun dragon à proximité, pas de sorcières, pas de gardiennes d'oies, de marraines bonnes fées et même pas un pauvre objet magique dans tout ce royaume. Étant bien pauvres ils durent commencer par économiser, encore et encore, toutes les denrées et les biens. On alla jusqu'à apprendre aux princes et princesses à recycler les restes de repas... C'est dans cet idéal de ne rien laisser perdre qu'un jour une jeune princesse retourna tout le château à la recherche d'un pois qu'elle avait laissé rouler en écossant. Elle ne le retrouva que le soir, sous la pile de matelas qui lui servait de lit (le sommier avait depuis longtemps été revendu). Cette acharnement plu à un prince de passage et c'est depuis que ce royaume abrite des générations de couples, les princes avares venant y choisirent des femmes peut dépensières.

Chaque royaume se trouve ainsi une niche bien particulière de création de princesses, une à la fois. Que deviennent les autres princesses? Les contes regorgent de seconds rôles pour elles, des rôles trop importants pour les laisser à des jeunes filles sans instruction: sorcières et marraines, cuisinières et servantes complices... Les princes quand à eux sont envoyés sur les routes: on trouve des princes errants dans tous les contes et l'on en a jamais trop!

C'est dans ce monde que j'ai ainsi pris conscience que les lois du marché, sont décidément partout et que sans argent on ne fait rien. Ce qui l'a particulièrement mis en lumière est une histoire que m'a raconté un vieux roi sur sa jeunesse de prince errant.

A la naissance du pays des contes de fées, un royaume, petit alors, eut l'idée de sélectionner son prince parmi les plus courageux afin que le futur roi put se livrer à de nombreuses conquêtes. On eut alors l'idée d'enfermer la princesse au sommet d'un château abandonné et de cerner celui-ci de mille dangers afin que la tâche soit la plus ardue possible. En fait le roi et la reine tentèrent longtemps de faire venir un dragon: durant des années ils se livrèrent à des tractations pour en acheter un à leurs voisins et lorsqu'ils acquirent un il fallut encore laisser le temps à l'œuf d'éclore et au dragon de grandir. Il va de soi que, durant ce temps, la jeune princesse s'ennuyait ferme. Seule dans sa tour elle voyait à peine quelques amies qui vinrent lui rendre visite des royaumes voisins, de moins en moins nombreuses au fil de leurs mariages. Lorsque l'œuf arrivât enfin elle put au moins se distraire à élever le dragon.

Toutefois il parut vite clair que celui-ci avait fort mauvais caractère (les dragons étant plutôt réputés obéissant et fidèles aux rôles qu'on leur attribuait): il alla jusqu'à essayer d'enlever des princesses des pays voisins pour les cloîtrer à leur tour. Par chance il n'y parvint qu'une fois.

Voilà qui était parfait pour le roi et la reine, qui d'ailleurs se faisaient vieux: leur gendre serait forcément fort et brave pour réussir la tâche qui lui était assigné. Mais durant des années et des années le dragon remplit trop bien son rôle et les princes eurent beau y aller avec les meilleurs équipements, aucun ne parvint à libérer la princesse.

Le prince qui me racontait son histoire fut le dernier à tenter la chance. La princesse se faisait alors âgée et ses attraits particuliers ne suffisaient plus guère à lutter contre la terreur qu'inspirait le dragon.

La première chose notable qu'il remarqua en pénétrant dans le château fut l'absence, totale et absolue, de toue ce qui pouvait dénoter la présence d'un dragon. Des corbeaux étaient allés faire leurs nids sur les tours alors même que toutes les bêtes à plumes ont toujours fui les monstres à écailles. Redoublant de prudence devant la preuve d'un dragon fin stratège, le prince progressa prudemment jusqu'à la tour, à travers de sombres couloirs.

C'est au détour de l'un d'eux qu'une flamme d'une puissance effroyable naquit du néant pour lui lécher le visage. Il ne put éviter d'être carbonisé que par un réflexe de dernière minute consistant à l'application de la stratégie « fuite à toutes jambes ». Quelques minutes plus tard il réfléchissait plus calmement à l'évènement et s'étonnait de ne pas avoir vu le dragon producteur de cette flamme... Un dragon nain, semblait-il, pour pénétrer dans ces couloirs.

Il m'avoua qu'il avait fini, par déduction, par deviner de quelle sorte de dragon il s'agissait et par le capturer. Étonné je lui demandais alors pourquoi il ne l'avait pas tué, comme cela se faisait, avant de libérer la princesse. Il me déclara que les manuels qu'il avait lu n'avait jamais parlé de la situation fort incommode qui était la sienne; lorsque la princesse était elle-même le dragon.

Il avait en effet capturé la femme juste avant qu'elle ne tourne une nouvelle fois son lance-flammes vers lui. 

Il apprit par la suite que la princesse, durant les années où elle s'ennuyait dans sa tour, s'était particulièrement attachée à une des amies qui venait la voir. Leur amitié s'était mué en autre chose, tant et si bien qu'elles créèrent ensemble une nouvelle spécialité: les princesses destinées aux princesses. Seulement lorsqu'elles exposèrent leur idée aux rois et reines, ceux-ci rirent en leur faisant remarquer que même si, comme elles en avaient l'intention, elles se consacraient à la recherche et au savoir elle ne pourrait avoir de quoi vivre. Et surtout elles ne pourraient jamais engendrer d'autres princesses: l'idée était donc pour eux inacceptable.

Elles firent alors mûrirent leur concept. S'arrangeant pour être enfermées ensemble dans le château (les dragons sont aisément corruptibles pour peu qu'on ait suffisamment d'argent: l'enlèvement leur couta leurs économies), elles commencèrent tout d'abord par éliminer le dragon. Ayant ainsi le champ libre elles prirent sa place, brûlant tous les prétendants qui se présentaient, récupérant les armures damasquinés, les bijoux précieux et les épées de métaux rares jusqu'à accumuler un véritable trésor.

Celui-ci leur permit de se payer une retraite dorée dans le pays des légendes où elles purent fonder le clan des amazones qui se consacra à la guerre (ce qui est toujours mieux rétribué que la recherche).

En effet mon interlocuteur les avait laissé repartir. Lorsque je lui demandais pourquoi, il se contentât de me dire qu'il ne savait quoi faire d'autre, la situation n'étant inscrite dans aucun manuel.


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30 janvier 2011

Des cheveux à géométrie variable, du contentement vite passé et des instants heureux

Qui se conjuguent avec de la lassitude par anticipation pour tracer l'esquisse rapide de mon humeur actuel.
Pour les cheveux; pas besoin de vous faire un dessin! (Sauf à ceux qui ne m'ont pas vu depuis deux semaines). C'est une source de rigolade perpétuelle avec toutes les personnes à qui je ressemblerais (de loin) selon ma coiffure.

Pour le contentement: les partiels dont je me suis tirée avec tous les honneurs, sauf le dossier d'analyse de docs (mais je le savais...je ne vais pas parler de cette professeur, j'ai entendu dire qu'il valait mieux éviter ce genre de propos sur les blogs!) et celui d'études de cas. Mais ma joie était (bizarrement?) éphémère. Quoique je ne comprends toujours pas certaines notes. Genre l'enquête socio... (Je crois que la prof, ayant cédée à une de ses envies de femme enceinte a fait une orgie de chocolat en corrigeant ce dossier et a sur-noté. pas d'autre explication. Bref.)

La lassitude c'est en voyant mon emploi du temps. Aïe.

Et les instants heureux, c'est les vacances.
C'est les instants de cuisine (minuté, attention: de 14H à 16H en semaine c'est le mieux: il y a" La tête au carré" et surtout "Là-bas si j'y suis" sur Inter) et de préférence plus tard le samedi pour écouter "La librairie francophone" et "Ca peut pas faire de mal". et l'"Afrique enchantée" le dimanche.
C'est ma mère et moi galérant ensemble pour les repas de fête! (mais ça valait le coup...)
C'est tous les gens rendus accro à Freak's Squeele. Et le sourire complice des deux caissiers de la librairie, me voyant acheter le dernier tome et me confiant qu'ils étaient fan aussi...
C'est les après-midi chez ma grand-mère et nos plats, à nous, parce que les autres dans la famille ont pas les même goûts...Avec le pain frais, dévoré avec gourmandise. Dévorer avec gourmadnise est une action belle à réaliser et à observer, les ragots du village ("Mais c'est dingue, tu sais vraiment tout sur tout le monde" "Mais c'est un petit village, c'est normal..."), les mimiques quand la grande-tante téléphone, les heures au chaud, au calme, à lire assise sur ce radiateur, de cette maison de mon enfance.
La maison de mon enfance, plus que toute autre c'est bien celle-là. C'est celle-là qui abritait nos matins ensommeillés lorsque les parents travaillaient tôt, nos goûters en rentrant de l'école, nos mercredis-dessins-animés (on y avait pas le droit chez nous le week-end) et nos étés-batailles-d'eau.
C'est cette maison là qui m'a fait comprendre la première ce qu'était un foyer.

Et puis ces vacances c'était aussi le plaisir de voir des gens qui foncent, foncent sans douter (ou en doutant), tout droit (ou par des chemins de traverse) mais dont on garde cette impression: ils avancent.
Ce n'est pas forcément mieux que la douce et belle tranquillité d'un immobilisme recherché, mais c'est différent. Agréable à cotoyer.
Ce n'est pas qu'ils ne doutent pas. On dirait qu'ils ont décidés d'avancer quand même. Ils ne savent pas si cette voie est la bonne. Ils ne savent si cette voie est à eux mais ils l'empruntent et ils verront bien. Et, à côté, on voit qu'ils creusent un refuge, une tranquilité, une caverne aux trésors où ils entassent les souvenirs, les livres, les passions, les objkets. Une refuge qu'ils transporteront partout comme une coquille d'escargots pour se garder, toujours et partout, une zone d'incertitude. Une zone de liberté et de pouvoir. Le pouvoir le plus absolu et le plus enivrant qui soit. Celui que l'on exerce sur soi.
Je ne savais pas que j'avais de tels amis.

Et puis, ça y est, je refais attention aux gens, aux visages, aux mots. Ça m'était passé, un moment.
Dans le train il y avait deux personnes, qui ne se connaissaient pas, qui discutaient. Toute le trajet de Mulhouse à Lons-Le-Saunier et elles se sont échangées leurs adresses tout en parlant de leurs études respectives. Musique pour la jeune fille, psychologie pour le vieux monsieur. C'était beau aussi.

Il y avait dans le tram un homme très grand en noir, en costume de curé, aux allures de rapace sous son chapeau noir et rond. Tout droit sorti d'un film je n'ai pu m'empêcher de le fixer. En le quittant des yeux j'ai avisé la jeune fille en face de moi, des lunettes très rondes et un sac très gros ayant encore l'étiquette de l'avion qui faisait de même. On s'est souri.

Et puis en arrivant il y avait la colloc' à l'appart et ça, on ne le dira jamais assez, ça fait du bien!

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24 janvier 2011

Je n'ai rien à poster...à ma grande honte. Mais pour ma défense je dois dire que c'est en partie à cause du concours du Littérarium qui, approchant, m'empêche de me concentrer sur autre chose.
Donc, en attendant une reprise de la production je vous poste le début de ce que j'avais fait l'an dernier... (c'était plus simple, limité à 90 000 signes et non 45 000!).

En attendant je suis toujours heureuses de toutes les réponses que vous pouvez fournir à la question "qu'aimeriez-vous voir dans un conte?"... Même ceux ayant déjà répondu!


Gris


Au matin, la lumière rampait dans la chambre d'Éloïse. En traversant le brouillard éternel, l'éclat matinal prenait une couleur étrange, et pénétrait lentement dans les pièces, comme un envahisseur.

Lorsqu'elle était petite, Éloïse détestait cette lumière, et chaque matin elle ne pouvait s'empêcher de se lever d'un bond et de se précipiter voir si la fenêtre était encore fermée et si ce n'était pas le brouillard qui venait l'étouffer dans son sommeil.

Maintenant la jeune femme se réveille au premier rayon et observe la progression du jour sur le carrelage sale. Mais elle se lève toujours juste avant que la lumière ne l'atteigne. Comme d'habitude, elle se lève d'un mouvement sec et personne ne pourrait croire que cette femme sort juste du sommeil. Elle semble déjà inébranlable et son visage n'exprime pas le moindre sentiment.

Alors qu'elle ressort de sa douche, on toque à sa porte. C'est dans le pantalon noir de son uniforme, poitrine nue, qu'elle va ouvrir. Le larbin du colonel, un freluquet au visage fade, issu d'une famille riche déglutit difficilement au moment où elle ouvre la porte d'un coup sec, et une seconde fois en la détaillant.

« Le...Le colonel souhaite vous voir... Immédiatement.

-Bien »

Porte fermée. Derrière, le messager sourit nerveusement.

« Espèce de minable » lance Éloïse au mur de sa chambre, alors qu'elle lace ses bottes. Comme chaque jour, elle s'immobilise devant son armoire, et se contemple dans son morceau de glace fêlée. Elle passe la main sur ses cheveux ras, qui font comme une couche de teinture noire sur son crâne. Il est vrai qu'avec ses vêtements noir, sa peau maladivement blanches et sa chevelure quasiment inexistante, elle est effrayante. Elle s'arme méticuleusement et ajuste le boîtier du Réseau, dont elle vérifie avec soin toutes les sorties. Puis elle sort délicatement son manteau, noir lui aussi, de son armoire. C'est le premier geste doux qu'elle fait de la matinée. Elle l'enfile, et ferme posément les deux rangées de boutons qui le parsèment, jusqu'aux hanches. Là, les pans s'évasent jusqu'au chevilles. Elle enfile cet uniforme comme on se harnacherait dans une armure. Ou comme on fermerait la porte d'une prison. Elle l'enfile et se fait Ombre à nouveau. En se dévisageant une deuxième fois dans le miroir, elle hoche la tête. Elle n'hésite nullement en arpentant le couloir rassemblant les loges de ses pairs puis lorsqu'elle sort de ses misérables couloirs à la lumière hésitante, d'une couleur maladive, pour rejoindre les luxueux appartements des gradés.


Mais devant la magnifique porte du colonel, elle s'arrête un instant, son poing qui allait frapper à la porte encore en l'air. Des rires s'échappent du bureau. Elle se reprend enfin et actionne le heurtoir. C'est la voix calme de son gradé qui lui répond.

« Éloïse, rentrez donc. Nous vous attendions. »

En poussant la porte, si elle voit bien le colonel, maigre et sec, assis bien droit derrière son bureau, elle découvre effectivement une deuxième personne. L'homme s'est laissé tombé avec élégance dans un fauteuil, et lui adresse un sourire charmeur. Elle serre les dents un instant, et sans lui adresser un regard, avance à grand pas vers le bureau et s'immobilise derrière le deuxième fauteuil de la pièce.

« Vous m'avez fait demander mon colonel?

-En effet Éloïse. Je vous présente le partenaire qui vous a été attribué, Nicolas. »

Elle se détourne enfin, et daigne détailler le jeune homme qui n'a cessé de la fixer. Il lui sourit nonchalamment, sans rectifier sa position le moins du monde. Les cheveux blonds ramenés en catogan sur sa nuque, l'uniforme noir recouvert de la courte veste rouge de sa division, l'épée dorée au côté, il est l'opposé de la jeune femme.

« Et merde. Tellement un Foudre que s'en est caricatural. » songe-t-elle, sans que son visage ne  perde un instant son expression neutre.

« Ravie. » lance-t-elle enfin, après l'avoir examiné.

L'homme est plus vieux qu'elle ne le pensait. Il doit avoir son âge. Un Foudre aussi vieux est une chose rare. Il doit être doué. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il le soit plus que le précédent. Il a fini dans le caniveau, abattu d'une balle dans l'épaule.

« Enchanté... » répond l'homme. Il se lève enfin pour la saluer, mais c'est pour lui saisir la main, et lui faire un baisemain en guise de salut.

« Connard, tu te fous de moi, hein? »

Sans un mot, elle se tourne à nouveau vers le colonel, et attend la suite.

« Il me faut des escorteurs pour une délégation de Varsovie. Vous vous y collez. Le tube arrive à seize heures à la porte Est. Vous n'aurez pas à leur faire quitter les quartiers du souffle. »

Ne voyant aucune question arriver, le colonel s'adossa à son fauteuil.

« En revenant, repassez me voir. Vous pouvez disposer. »

Sans attendre de mouvement de la part de son nouveau partenaire, Éloïse tourne les talons et quitte la pièce. Même si elle sent Nicolas la suivre précipitamment, elle ne se retourne ni ne ralentit.

« Hé, Éloïse! »

Bien obligée de s'arrêter, la jeune femme se retourna et le dévisagea calmement. Elle se contente de hausser un sourcil pour toute interrogation.

« Pour ce soir... Faudrait se mettre d'accord... se concerter... » Il ne semble pas déstabilisé le moins du monde et s'adresse amicalement à elle. Elle hausse les épaules comme s'il avait été vraiment stupide de lui poser cette question.

« On se retrouve une demi-heure avant, à la porte. Je prends les toits. »

C'était la procédure habituelle. Elle n'attend même pas sa réponse pour s'éloigner à grand pas. Quittant à nouveau les quartiers des gradés, elle s'enfonce maintenant dans les sous-sols du bâtiment des forces du Réseau.

Là, les couloirs de brique grise semblaient prêts à s'effriter au moindre frôlement mais la lumière dispensée par les vieilles ampoules électriques était si puissante que sol, murs et plafond se fondaient dans un même espace d'une luminosité fulgurante. En continuant, on arrivait à des couloirs bien plus anciens. On arrivait aux quartiers qui existaient déjà depuis des siècles avant la guerre grise. La brique était rouge, et le plafond s'incurvait en un doux arc, sous lequel la lumière tremblante des torches n'arrivait pas à dissiper les ténèbres. C'était les quartiers des Ombres. Là où n'allait qu'eux. Pour eux, c'était le seul endroit où ils approchaient un semblant de paix. Il n'y avait pas de portes. Les couloirs qui s'entremêlaient formaient de vastes salles, au plafond haut à leurs croisements. Celles-ci avaient été aménagées de façon anarchique, en fonction des générations de soldats qui se sont succédés... Éloïse, avec ses trente ans passés, est vieille, à l'aune des siens. Elle ne connaît pas les salles les plus profondes, et ne se risque jamais là où les ténèbres règnent encore. Elle porte encore avec elle toutes les superstitions des premières générations des forces du Réseau. Elle sait bien, elle, qu'elles ont une part de vérité.

Alors, elle et tous les anciens comme elle, ne pénètrent pas dans les ténèbres des profondeurs des cité-états. Parce que certains cris résonnent toujours entre ces murs.


Alors Éloïse ne s'enfonce pas dans les souterrains de Minsk. Elle reste là où sont les vivants. Puis elle arrive à la deuxième arcade principale et il y a Maria sur le ring. Maria la peau dorée et les cheveux de lin, aussi ras que ceux d'Eloïse, le sourire facile. Maria, qu'Éloïse connaît depuis l'époque de leur instruction. L'époque où elles étaient les meilleures, loin devant tous les autres. Mais quand même derrière Vania. On ne se battait pas contre Vania. Il n'arpentait pas le Réseau, lui. Il vivait dans le Réseau à chaque moment, demeurant là où Éloïse et tous les autres ne faisait que de brèves incursions.

« Je prends le gagnant » lance-t-elle aux deux combattants. Maria prend le temps de lui sourire en allongeant encore un coup à son adversaire. Bientôt celui-ci est à terre. La blonde se penche sur les cordes du ring:

« Alors Éloïse, tu viens enfin reconnaître ma supériorité?

-Je viens te prouver la mienne! »

La jeune femme enlève son uniforme. En boxer et brassière, pieds nus, mains nues, elle monte au côté de son amie, qui se débarrasse de ses gants. Ça a toujours été leur façon de s'affronter. Comme suite à un accord tacite, dés qu'elles se retrouvent ensemble, elles font tout à l'extrême. Parce qu'on mourra peut-être demain à la guerre. Lorsqu'elles s'arrêtent enfin, ce n'est que par manque de temps. L'arcade de Maria lui fait terriblement mal, et les côtes d'Éloïse résonnent encore du dernier coup de la blonde, mais elles ne sentaient rien avant d'arrêter. Le jeu était à leur hauteur, pour une fois. Éloïse passe rapidement sous la douche, et bouche grande ouverte, avale le flot à grandes goulées. Le corps tendu, dressé, sous le jet d'eau qui la frappe alors qu'elle ressent encore l'effort et la douleur, elle se sent bien. Mais lorsqu'elle ressort et se rhabille, le poids de ce matin est de nouveau là. Et à nouveau harnachée dans son uniforme, elle est redevenue le soldat sombre du matin. Maria est encore assise sur le bord du ring. Normalement les deux femmes aiment à rester là, et à sentir leurs cœurs se calmer doucement, leurs muscles refroidir, mais aujourd'hui, Éloïse a du sacrifier ce rituel. « Alors Éloïse, pressée de revoir ton beau foudre? Lance-t-elle, goguenarde.

-Tu l'as vu? Cet espèce de crétin vantard et vaniteux...

-Tu connais un d'eux qui ne l'est pas? Et oui, je l'ai vu. T'aurais pu tirer pire lot, franchement. Y a plus qu'à attendre une bonne petite planque bien ennuyeuse....

-T'es irrécupérable. »

Les deux femmes rient.

« Et sauf ça, tu sais quelque chose de lui? » demande toutefois la jeune ombre.

Maria est une mine d'informations. Elle aime les ragots, comme l'histoire et les légendes. Elle aime ce que véhiculent les mots. Elle aurait du être écrivaine, conteuse ou historienne. Mais il y a eu l'enrôlement. Et après, plus de choix.

« Je le connaissais pas, en tout cas. C'est même étonnant pour un ancien. Il doit venir de l'extérieur. Peut-être même du front. Dis toujours son nom.

-Nicolas. »

Un blanc. Son amie s'est immobilisée, bouteille d'eau à la main figée dans son mouvement.

« Tu le connais.

-Je sais pas...Je connais un Nicolas. Et l'âge colle. Mais je le pensais encore au front. Et qu'on ne l'en laisserait pas revenir s'il survivait plus qu'un service.

-C'est qui, ce mec?

-Le dernier partenaire de Vania. »

Le silence se propage dans la salle. Les autres anciens ont entendu le nom prononcé et ont fait silence. Parce que ce nom laisse penser qu'il y a encore quelque chose à trouver, à faire. Et quelque part, cette phrase broie le cœur d'Éloïse.

« Faut que j'y aille. »

Maria hoche la tête et laisse la brune s'éloigner sans un mot.

Posté par Calimeriane à 17:02 - Commentaires [7] - Permalien [#]