05 décembre 2009

Mettre les mots sur...

J'estime que c'est ce qui est le plus beau. Mettre les mots sur l'idée, l'analyse géniale, l'émotion passagère, le souvenir ancien.
Mettre les mots sur: réussir à créer, façonner avec des trésors d'économie de concision et de patience, la phrase qui tombera juste pour dire ce qu'on a à l'esprit.
Je suis souvent à la recherche de cette phrase là.

Quand j'en trouve une, une vraie, une gravée dans ma moelle, je la note et renote à chaque papier vierge, je la répète inlassablement, laissant son sens remonter et éclater à chaque fois dans mon esprit.

Ces temps-ci je n'arrête pas, circonstances aidant, de songer à Noël. Vous avez tous entendus parler de l'esprit de Noël: ce sentiment détrempé et plein de guimauve presque écoeurante, aux relents de bûche de Noël et de miracles, de générosité et de monde beau et propre, mis à l'honneur dans les téléfilms from Usa qui pourrissent les programmes télé à cette période.
Pourtant il y a quelque chose à cette période, comme une ambiance, une émotion étrange qui enserrent le cœur et lui fait faire un voyage étrange. Cet esprit existe et c'est lui que récemment je tente de cerner.

Ca remonte dans le temps, ça je le sais. C'est loin que ça s'ancre, et c'est une chose qu'on recherche: un sentiment profond de bonheur et de toute-puissance du moment: le noël de l'enfant.
Ce parait stupide et dégoulinant de niaiserie, dit ainsi, mais je ne pense vraiment pas que je sois la seule à l'avoir gravé dans la mémoire.

-Les Calendriers de l'Avent sur la rambarde de l'escalier, le rouge et le paille, comme un petit noël répété.
-Le sapin dans le salon, et la Mère qui descend les grandes boîtes qui sentent la poussière, dont elle commence par sortir les chaussettes à cadeau, le pied du sapin, et la flêche-bijou pour son sommet.
-La cuisine de la Grand-Mère, la table débarrassée de la nappe, rallongée, les plaques de bredele prêts à enfourner, les boîtes de métal qui se remplissent, et le radiateur chaud. On y mettait les peaux des clémentines (retirées en une fois, question d'honneur! Ou en forme de panier...La manière dont la Grand-mère réussissait ce prodige reste miraculeuse à mes yeux!)
Et puis le tout petit sapin dans cette cuisine, ornée d'oiseaux, de cloches et de trompes d'argent.
Et de parapluies, d'anges et de parapluies de chocolat.
-Les repas de Noël: celui de minuit, quand la Mère est si jolie dans la robe noire qu'elle ne met que ce jour, les colliers et boucles d'oreilles de presque-diamants. Et le Père qui sourit de tous, encore plus, et dont je guettais comme un cadeau de plus, le discret sourire lorsque l'on affichait notre joie en déballant les cadeaux.
Les Parents qui esquissent en riant quelques pas de slow sur un CD juste déballé.
Celui du lendemain, soit quand les Grands-parents viennent, et que la Mère exerce sa maestria sur les viandes qui mijotent toute la matinée....
Ou chez la grand-mère qui nous accueille dans la cuisine, avec l'odeur de la sauce pour les bouchées.... Puis la Tante, l'Oncle et la Cousine, toujours mignonne à croquer, sans doute maintenant jolie et très bientôt belle. Mais moi je me souviens de la gamine en robe, avec ses premiers collants, qui ne mangeait que des nouilles et boudait les bouchées, grignotant à peine quelques minuscules dés de viande, préparée exprés pour elle....
Elle se rattrapait sur le dessert. Gâteau de flanc et de fruits aux couleurs merveilleuses, bol de flanc pour la Soeur "parce qu'il m'en restait quand j'ai fait le gâteau" à traduire par "parce que j'en ai fait trop pour qu'il en reste".
Le cadeau de la Grande-Tante qui fera rire pendant longtemps souvent, ou qui sera une sorte d'illumination, de merveille qu'on lira jusqu'à le connaître par cœur.
-Et même ces téléfilms dégoulinants de bons sentiments, c'était partie de ce jour.

On court après le Noël dans le cœur.
Je ne vais pas dire qu'on aurait du nous le dire, mais je pense qu'on aurait du le savoir. Quelque chose, dans l'enfant devrait dire constamment: profite, profite, d'être enfant et protégée de tout, aujourd'hui, de pouvoir croire que la vie ça sera toujours ça, cette maîtrise du moment et cette toute-puissance de déverser la joie, apanage de l'adulte que tu seras.
Il n'y avait aucun effort à faire pour l'avoir ce bonheur.

Voilà. Je cherche à dire ça en dix mots, je fais deux pages.



Posté par Calimeriane à 18:38 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Mettre les mots sur...

    Oui, mais deux jolies pages!

    (En termes ensemblistes, il y a une injection entre la bible que tu as tapée et la ligne que tu voulais)

    Et je crois que trop souvent on trouve niaises des idées parce qu'elles sont reprises de façon niaise. Comme l'esprit de noël pour commencer.

    Posté par Luminox, 06 décembre 2009 à 13:00 | | Répondre
  • simplement beau ! merci ^^

    Posté par chloé, 06 décembre 2009 à 19:50 | | Répondre
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