24 janvier 2011

Je n'ai rien à poster...à ma grande honte. Mais pour ma défense je dois dire que c'est en partie à cause du concours du Littérarium qui, approchant, m'empêche de me concentrer sur autre chose.
Donc, en attendant une reprise de la production je vous poste le début de ce que j'avais fait l'an dernier... (c'était plus simple, limité à 90 000 signes et non 45 000!).

En attendant je suis toujours heureuses de toutes les réponses que vous pouvez fournir à la question "qu'aimeriez-vous voir dans un conte?"... Même ceux ayant déjà répondu!


Gris


Au matin, la lumière rampait dans la chambre d'Éloïse. En traversant le brouillard éternel, l'éclat matinal prenait une couleur étrange, et pénétrait lentement dans les pièces, comme un envahisseur.

Lorsqu'elle était petite, Éloïse détestait cette lumière, et chaque matin elle ne pouvait s'empêcher de se lever d'un bond et de se précipiter voir si la fenêtre était encore fermée et si ce n'était pas le brouillard qui venait l'étouffer dans son sommeil.

Maintenant la jeune femme se réveille au premier rayon et observe la progression du jour sur le carrelage sale. Mais elle se lève toujours juste avant que la lumière ne l'atteigne. Comme d'habitude, elle se lève d'un mouvement sec et personne ne pourrait croire que cette femme sort juste du sommeil. Elle semble déjà inébranlable et son visage n'exprime pas le moindre sentiment.

Alors qu'elle ressort de sa douche, on toque à sa porte. C'est dans le pantalon noir de son uniforme, poitrine nue, qu'elle va ouvrir. Le larbin du colonel, un freluquet au visage fade, issu d'une famille riche déglutit difficilement au moment où elle ouvre la porte d'un coup sec, et une seconde fois en la détaillant.

« Le...Le colonel souhaite vous voir... Immédiatement.

-Bien »

Porte fermée. Derrière, le messager sourit nerveusement.

« Espèce de minable » lance Éloïse au mur de sa chambre, alors qu'elle lace ses bottes. Comme chaque jour, elle s'immobilise devant son armoire, et se contemple dans son morceau de glace fêlée. Elle passe la main sur ses cheveux ras, qui font comme une couche de teinture noire sur son crâne. Il est vrai qu'avec ses vêtements noir, sa peau maladivement blanches et sa chevelure quasiment inexistante, elle est effrayante. Elle s'arme méticuleusement et ajuste le boîtier du Réseau, dont elle vérifie avec soin toutes les sorties. Puis elle sort délicatement son manteau, noir lui aussi, de son armoire. C'est le premier geste doux qu'elle fait de la matinée. Elle l'enfile, et ferme posément les deux rangées de boutons qui le parsèment, jusqu'aux hanches. Là, les pans s'évasent jusqu'au chevilles. Elle enfile cet uniforme comme on se harnacherait dans une armure. Ou comme on fermerait la porte d'une prison. Elle l'enfile et se fait Ombre à nouveau. En se dévisageant une deuxième fois dans le miroir, elle hoche la tête. Elle n'hésite nullement en arpentant le couloir rassemblant les loges de ses pairs puis lorsqu'elle sort de ses misérables couloirs à la lumière hésitante, d'une couleur maladive, pour rejoindre les luxueux appartements des gradés.


Mais devant la magnifique porte du colonel, elle s'arrête un instant, son poing qui allait frapper à la porte encore en l'air. Des rires s'échappent du bureau. Elle se reprend enfin et actionne le heurtoir. C'est la voix calme de son gradé qui lui répond.

« Éloïse, rentrez donc. Nous vous attendions. »

En poussant la porte, si elle voit bien le colonel, maigre et sec, assis bien droit derrière son bureau, elle découvre effectivement une deuxième personne. L'homme s'est laissé tombé avec élégance dans un fauteuil, et lui adresse un sourire charmeur. Elle serre les dents un instant, et sans lui adresser un regard, avance à grand pas vers le bureau et s'immobilise derrière le deuxième fauteuil de la pièce.

« Vous m'avez fait demander mon colonel?

-En effet Éloïse. Je vous présente le partenaire qui vous a été attribué, Nicolas. »

Elle se détourne enfin, et daigne détailler le jeune homme qui n'a cessé de la fixer. Il lui sourit nonchalamment, sans rectifier sa position le moins du monde. Les cheveux blonds ramenés en catogan sur sa nuque, l'uniforme noir recouvert de la courte veste rouge de sa division, l'épée dorée au côté, il est l'opposé de la jeune femme.

« Et merde. Tellement un Foudre que s'en est caricatural. » songe-t-elle, sans que son visage ne  perde un instant son expression neutre.

« Ravie. » lance-t-elle enfin, après l'avoir examiné.

L'homme est plus vieux qu'elle ne le pensait. Il doit avoir son âge. Un Foudre aussi vieux est une chose rare. Il doit être doué. Il n'y a plus qu'à espérer qu'il le soit plus que le précédent. Il a fini dans le caniveau, abattu d'une balle dans l'épaule.

« Enchanté... » répond l'homme. Il se lève enfin pour la saluer, mais c'est pour lui saisir la main, et lui faire un baisemain en guise de salut.

« Connard, tu te fous de moi, hein? »

Sans un mot, elle se tourne à nouveau vers le colonel, et attend la suite.

« Il me faut des escorteurs pour une délégation de Varsovie. Vous vous y collez. Le tube arrive à seize heures à la porte Est. Vous n'aurez pas à leur faire quitter les quartiers du souffle. »

Ne voyant aucune question arriver, le colonel s'adossa à son fauteuil.

« En revenant, repassez me voir. Vous pouvez disposer. »

Sans attendre de mouvement de la part de son nouveau partenaire, Éloïse tourne les talons et quitte la pièce. Même si elle sent Nicolas la suivre précipitamment, elle ne se retourne ni ne ralentit.

« Hé, Éloïse! »

Bien obligée de s'arrêter, la jeune femme se retourna et le dévisagea calmement. Elle se contente de hausser un sourcil pour toute interrogation.

« Pour ce soir... Faudrait se mettre d'accord... se concerter... » Il ne semble pas déstabilisé le moins du monde et s'adresse amicalement à elle. Elle hausse les épaules comme s'il avait été vraiment stupide de lui poser cette question.

« On se retrouve une demi-heure avant, à la porte. Je prends les toits. »

C'était la procédure habituelle. Elle n'attend même pas sa réponse pour s'éloigner à grand pas. Quittant à nouveau les quartiers des gradés, elle s'enfonce maintenant dans les sous-sols du bâtiment des forces du Réseau.

Là, les couloirs de brique grise semblaient prêts à s'effriter au moindre frôlement mais la lumière dispensée par les vieilles ampoules électriques était si puissante que sol, murs et plafond se fondaient dans un même espace d'une luminosité fulgurante. En continuant, on arrivait à des couloirs bien plus anciens. On arrivait aux quartiers qui existaient déjà depuis des siècles avant la guerre grise. La brique était rouge, et le plafond s'incurvait en un doux arc, sous lequel la lumière tremblante des torches n'arrivait pas à dissiper les ténèbres. C'était les quartiers des Ombres. Là où n'allait qu'eux. Pour eux, c'était le seul endroit où ils approchaient un semblant de paix. Il n'y avait pas de portes. Les couloirs qui s'entremêlaient formaient de vastes salles, au plafond haut à leurs croisements. Celles-ci avaient été aménagées de façon anarchique, en fonction des générations de soldats qui se sont succédés... Éloïse, avec ses trente ans passés, est vieille, à l'aune des siens. Elle ne connaît pas les salles les plus profondes, et ne se risque jamais là où les ténèbres règnent encore. Elle porte encore avec elle toutes les superstitions des premières générations des forces du Réseau. Elle sait bien, elle, qu'elles ont une part de vérité.

Alors, elle et tous les anciens comme elle, ne pénètrent pas dans les ténèbres des profondeurs des cité-états. Parce que certains cris résonnent toujours entre ces murs.


Alors Éloïse ne s'enfonce pas dans les souterrains de Minsk. Elle reste là où sont les vivants. Puis elle arrive à la deuxième arcade principale et il y a Maria sur le ring. Maria la peau dorée et les cheveux de lin, aussi ras que ceux d'Eloïse, le sourire facile. Maria, qu'Éloïse connaît depuis l'époque de leur instruction. L'époque où elles étaient les meilleures, loin devant tous les autres. Mais quand même derrière Vania. On ne se battait pas contre Vania. Il n'arpentait pas le Réseau, lui. Il vivait dans le Réseau à chaque moment, demeurant là où Éloïse et tous les autres ne faisait que de brèves incursions.

« Je prends le gagnant » lance-t-elle aux deux combattants. Maria prend le temps de lui sourire en allongeant encore un coup à son adversaire. Bientôt celui-ci est à terre. La blonde se penche sur les cordes du ring:

« Alors Éloïse, tu viens enfin reconnaître ma supériorité?

-Je viens te prouver la mienne! »

La jeune femme enlève son uniforme. En boxer et brassière, pieds nus, mains nues, elle monte au côté de son amie, qui se débarrasse de ses gants. Ça a toujours été leur façon de s'affronter. Comme suite à un accord tacite, dés qu'elles se retrouvent ensemble, elles font tout à l'extrême. Parce qu'on mourra peut-être demain à la guerre. Lorsqu'elles s'arrêtent enfin, ce n'est que par manque de temps. L'arcade de Maria lui fait terriblement mal, et les côtes d'Éloïse résonnent encore du dernier coup de la blonde, mais elles ne sentaient rien avant d'arrêter. Le jeu était à leur hauteur, pour une fois. Éloïse passe rapidement sous la douche, et bouche grande ouverte, avale le flot à grandes goulées. Le corps tendu, dressé, sous le jet d'eau qui la frappe alors qu'elle ressent encore l'effort et la douleur, elle se sent bien. Mais lorsqu'elle ressort et se rhabille, le poids de ce matin est de nouveau là. Et à nouveau harnachée dans son uniforme, elle est redevenue le soldat sombre du matin. Maria est encore assise sur le bord du ring. Normalement les deux femmes aiment à rester là, et à sentir leurs cœurs se calmer doucement, leurs muscles refroidir, mais aujourd'hui, Éloïse a du sacrifier ce rituel. « Alors Éloïse, pressée de revoir ton beau foudre? Lance-t-elle, goguenarde.

-Tu l'as vu? Cet espèce de crétin vantard et vaniteux...

-Tu connais un d'eux qui ne l'est pas? Et oui, je l'ai vu. T'aurais pu tirer pire lot, franchement. Y a plus qu'à attendre une bonne petite planque bien ennuyeuse....

-T'es irrécupérable. »

Les deux femmes rient.

« Et sauf ça, tu sais quelque chose de lui? » demande toutefois la jeune ombre.

Maria est une mine d'informations. Elle aime les ragots, comme l'histoire et les légendes. Elle aime ce que véhiculent les mots. Elle aurait du être écrivaine, conteuse ou historienne. Mais il y a eu l'enrôlement. Et après, plus de choix.

« Je le connaissais pas, en tout cas. C'est même étonnant pour un ancien. Il doit venir de l'extérieur. Peut-être même du front. Dis toujours son nom.

-Nicolas. »

Un blanc. Son amie s'est immobilisée, bouteille d'eau à la main figée dans son mouvement.

« Tu le connais.

-Je sais pas...Je connais un Nicolas. Et l'âge colle. Mais je le pensais encore au front. Et qu'on ne l'en laisserait pas revenir s'il survivait plus qu'un service.

-C'est qui, ce mec?

-Le dernier partenaire de Vania. »

Le silence se propage dans la salle. Les autres anciens ont entendu le nom prononcé et ont fait silence. Parce que ce nom laisse penser qu'il y a encore quelque chose à trouver, à faire. Et quelque part, cette phrase broie le cœur d'Éloïse.

« Faut que j'y aille. »

Maria hoche la tête et laisse la brune s'éloigner sans un mot.

Posté par Calimeriane à 17:02 - Commentaires [7] - Permalien [#]


Commentaires sur Je n'ai rien à poster...à ma grande honte. Mais

    En ce qui concerne ce texte, je sais pas trop... c'est pas fini d'un côté, et c'est assez obscur (c'est quoi un ombre? c'est quoi un foudre? et le réseau? Une sorte de "matrice" à la shadowrun ou matrix?).

    Je crois que s'il y avait une suite je pourrais continuer à lire mais même alors ce serait plus par curiosité que par plaisir. On ne sait ni où ça va, ni d'où ça sort... bref. C'est difficile de trouver quoi que ce soit à dire dessus.

    Posté par Luminox, 25 janvier 2011 à 22:23 | | Répondre
  • Mouais, moi même après relecture ne suis plus persuadée... Bon, c'est que le premier chapitre, hein! J'ai peut être pas été claire sur ce point ^^ d'autres suivent. Théoriquement.

    Posté par Calimeriane, 25 janvier 2011 à 23:16 | | Répondre
  • C'était pas sensé être une nouvelle pour le littérarium?

    Non, j'avais mal lu, c'est une reprise. Au temps pour moi.

    Posté par Luminox, 26 janvier 2011 à 00:59 | | Répondre
  • Ben c'est le littérarium de l'an dernier. Donc 90 000 signes autorisés.

    Posté par Calimeriane, 26 janvier 2011 à 18:33 | | Répondre
  • Oui, mais une nouvelle n'est pas en plusieurs chapitres. C'est une histoire d'un seul tenant; c'est une des rares délimitations de la nouvelle, avec les personnages rares. Tout le reste peut être tronqué, changé, modifié, oublié sans qu'il y ait passage à un autre genre: des nouvelles de plus de cinquante pages ont déjà existé, quand des romans ont à peine atteint ce nombre; certaines nouvelles se passent de chutes, quand on nous apprend au collège que c'est une des règles primordiales. C'est pour ça que la mention des plusieurs chapitres m'interpelle: elle n'a pas vraiment sa place à cet endroit.

    A moins que par chapitre tu entends simplement séparation entre deux parties du texte, sans qu'il y ait de marque type "chapitre n-ième", auquel cas je retire ma plainte.

    Posté par Luminox, 27 janvier 2011 à 17:44 | | Répondre
  • 1. Selon le cnrtl:
    Nouvelle: LITT. OEuvre littéraire, proche du roman, qui s'en distingue généralement par la brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l'intensité de l'action, le caractère insolite des événements contés.

    Pas de questions de chapitres.

    Ensuite, toutefois, effectivement, ce n'est pas une nouvelle. Mais tu fais ton chipoteur ^^
    Et le texte est pas en deux parties mais en une petite dizaine dont tu as là la première.

    Posté par Calimeriane, 27 janvier 2011 à 17:52 | | Répondre
  • Beuh. Effectivement je fais le chipoteur, j'ai pas écumé les dicos littéraires pour savoir les différentes définitions des nouvelles pour rien non plus.

    Posté par Luminox, 27 janvier 2011 à 22:14 | | Répondre
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