13 février 2011

Le poète et la rose...

De justesse!
Voilà pour Marie-France que je remercie pour m'avoir fait découvrir la chanson dans le même mouvement!
Pour la demoiselle, voici le blog où vous pouvez admirer ce qu'elle fait: Araignetoile

Elle voulait un conte...avec une chanson. Le poète et la rose des Enfants terribles.

Si vous voulez l'écouter.

Et voilà les paroles à partir desquelles j'ai écrit (Jasiek, si ça te dit, tu écris une version aussi?):

Étrangement calme et serein
Un poète se tient assis
A sa table toute une nuit
Griffant de lugubres quatrains

On murmure qu'il se repaît
L'esprit des pétales fanés
D'une rose rouge qui pend
Son pied dans un verre de sang

Étrangement calme et serein
Un poète me déshabille
Crie-t-une rose dans la ville
En se cachant
En se cachant les doigts le sein

Un poète étrange manière
D'un petit canif argentin
Dans les os du dos de sa main
Cherche une rime avec il rêve

On chuchote mais ce sont des bruits
Qu'il a jadis perdu l'esprit
D'avoir trempé sa plume à tous
Ses encriers pleins de vin doux

Dou doucement d'étranges manies
Un poète au cœur argentin
Crie la rose au creux de sa main
Un poète un poète me déshabille

Dans un verre de vin rouge sang
Chante une rose nue qui danse
Un poète étrange se penche
Et tombe sur son couteau blanc

Il est rouge rouge de sang
Le cœur du poète imprudent...


Je suis la dernière de ses filles et il le sait. Je le sens à la manière dont la plume crisse doucement, à sa concentration pour chaque mot, pour chaque son. Le temps est proche où il ne saura plus comment tenir la plume, le temps est proche où il ne saura plus à quoi sert l'encre. Le temps approche où la poésie se refusera à lui.

Doucement il approche deux doigts de moi. Je le supplie intérieurement: « Arrête, arrête... Attends, attends... Fais durer, garde-moi... » Je ne sais plus si je veux rester en vie ou rester avec lui.

Mais ses doigts, qui ont hésité, reprennent leur progression. Voilà, il a encore dévoré une part de moi, une part de ce sang que je suis la dernière à convoyer.

Je me souviens encore du jour où je me suis éveillée à la vie: je me souviens de la chaleur du soleil, franche et claire, belle et bonne, sur chacune de mes pétales. Et je me souviens de la chaleur du sang, crue et dure, ténébreuse et enchanteresse, dans mes racines, dans ma tige et concentrée dans chacune de mes pétales.

Elle était là, sa muse, et je m'en repaissais tout en me repaissant de ces derniers souvenirs. De nombreuses roses, avant moi, se sont nourries de même de la chaire et du sang de celle qui gisait en-dessous de nous. C'est cela qui nous a fait les plus belles de la terre. C'est cela qui nous a nourri et fait grandir en esprit à l'égal des plus grands hommes.

Il sait, ce poète malheureux, que j'ai en moi les dernières gouttes du sang de cette belle qui ne vivait que pour la poésie. Elle n'a jamais rien écrit mais chacun de ses souffles était une rime, chacun de ses pas un vers et tout un sonnet dans chaque éclat de rire. Je porte en moi la poésie puisée aux dernières gouttes de la vie et il s'en abreuve, pétale par pétale, pour la dernière fois.

Dix ans qu'il aspire ainsi tout ce qui reste de ce qui fut sa muse, dix ans qu'il mêle leurs deux sangs pour écrire, pour retrouver dans leurs poésies mêlées leurs corps emmêlés. Mais depuis dix ans il ne fait que nourrir son esprit, à lui, en s'abreuvant du sien, à elle. Et jamais il n'a su écrire comme elle.

Je le sais car il y a en moi toute cette poésie féminine et j'entends bien lorsqu'il déclame dans sa chambre qu'il ne sait qu'assujettir les autres pour glorifier son propre talent.

C'est pour cela qu'elle a voulu le fuir: elle voulait écrire sa poésie et non plus nourrir celle d'un autre.

Durant dix ans elle a écrit sa poésie, rose après rose, et non vers après vers. Il n'a jamais su attendre pour voir ce que dessinerait le rosier: trop pressé, trop empressé il nous a cueillies les unes après les autres pour tenter de faire dans son corps l'union qu'elle voulait dessiner sous ses yeux. La poésie qu'il cherche est contenue dans mon futur: dans la position de chacune des branches du rosier qui allait naître de moi, dans la date d'éclosion de chaque bourgeon.

Il a cueilli ma dernière pétale. Je le vois, je le sens presque, mâcher et déglutir, recueillir le dernier sang. A côté de lui est la lame qu'il a préparé ce matin. Hier il a creusé une tombe auprès d'elle.

Il rit soudainement et le premier sang qui gicle de sa plaie il le verse dans l'encrier où il m'a placé.

Demain j'aurais écrit la poésie qu'il cherchait. Il ne me verra pas.


Posté par Calimeriane à 19:52 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Le poète et la rose...

    C'est beaucoup trop beau pour que je trouve quoi que ce soit à répondre.
    Je préfère ton texte à celui de la chanson. En même temps j'ai détesté l'arrangement et les voix de celle-ci, mais le texte lui-même me posait un peu problème.

    Et là, à la limite, j'aurais pleuré.

    Donc je crois que je vais simplement rester béat et relire!

    Et après relecture je crois même que "ma pétale" vaut mieux que l'orthographe.

    Je crois pas que je vais écrire quoi que ce soit sur ce sujet, je serais sans doute trop marqué par ce que tu as écrit pour être personnel et j'aurais trop tendance à me comparer.

    La seule phrase qui me vient encore à l'esprit c'est "Bravo, l'artiste!"

    Eh bien, bravo.

    Posté par Luminox, 14 février 2011 à 21:10 | | Répondre
  • Je suis contente que cette chanson t'aie plu^^. C'est très beau ce que tu en as fait, j'aime beaucoup!
    Bravo, donc!
    (juste, et c'est vraiment histoire de critiquer, peut-être expliques-tu trop vers la fin, j'aurais presque préféré m'arrêter au fait que la femme était la muse du poète, et devoir deviner le reste. Mais là Morgane n'aurait vraiment plus rien compris^^)

    Posté par Marie-France, 21 février 2011 à 13:16 | | Répondre
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